La wicca originelle

Cora et Victor Henry Anderson, ou la tradition Feri

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Crédit photo : Bilge Şahinoğlu, photo d’illustration

Victor Henry Anderson était un prêtre et un poète religieux qui consacrait ses vers aux divinités Feri, mouvement dont il sera le fondateur. À l’âge de deux ans Victor est aveugle et allait, par l’intermédiaire de ses parents, à la rencontre d’autres cultures qui se trouvent à Haïti ou à Hawaï par exemple. Tous ses voyages lui ont permis de se familiariser très vite et très tôt avec d’autres formes de croyances. Ses origines le poussaient déjà vers des rites anciens. Il était irlandais et espagnol, descendant Amérindien, et semblait avoir été formé aux rites Mexicain comme il aimait avoir à l’expliquer. L’une de ses épouses le qualifiera plus tard de prêtre vaudou. Pour toutes ces raisons son coven ne fut pas toujours considéré comme un mouvement de la wicca, par ses semblables, car ses pratiques étaient très différentes. C’est en Oregon que sa famille finit par s’installer et c’est dans cette région qu’il fut formé par une sorcière africaine. En 1932, il rejoindra un groupe de magie religieuse qui vénérait Lilith. En 1936, Anderson expliquait aussi avoir été initié par cette femme appartenant à la race des fées. Il l’appellera plus tard la prêtresse d’Afrique. Il expliquera qu’elle l’avait initié, après avoir eu une vision, en lui demandant de se déshabiller. Elle mélangea acte sexuel et rituel lorsqu’il était tout petit. Aujourd’hui cela s’apparente surtout à des actes incestueux.

C’est en 1944 que Victor Henry Anderson épousa sa femme, Cora. Ils disaient tous les deux s’être rencontrés dans un royaume astral et les noces eurent lieu trois jours après leur rencontre. Le grand-père de Cora était considéré comme un médecin racine. Dans ce cas, il est question d’une sorte de druide chez les Irlandais. Cora baigna donc aussi dans la magie dès son plus jeune âge. Ils racontèrent volontiers la conception de leur enfant qui eut lieu sur un autel magique. L’enfant sera ensuite béni à la naissance grâce à un rituel destiné au don du bébé et à leur divinité.

Victor Anderson se laissera ensuite influencer par les écrits de Gardner. Suite à la diffusion de l’ouvrage « Witchcraft Today », les deux hommes entreront en contact régulièrement par correspondance. Pendant ce temps beaucoup suggéraient que le nouveau coven du couple nommé « le Mahaelani Coven », qui deviendra plus tard « la tradition Feri », avait de plus en plus de principes Gardneriens. Victor Anderson commencera alors à initier Gwydion Pendderwen, un ami de son fils qui apporta avec lui la tradition d’Alexander Sanders. Gwydion Pendderwen semble avoir eu un grand rôle à jouer dans la tradition Feri. Il y incorporera la mythologie galloise, étant un sujet qu’il favorisait tout particulièrement. Quand ce coven deviendra la tradition Feri, le mot « Vicia » sortait souvent de la bouche de son fondateur qui préférait le prononcer en italien. Anderson et ses fidèles rebaptiseront plusieurs fois le coven en « tradition Pictish » que nous retrouvons dans les traditions de Dynion Mwyn, la « wicca faerique » appelée plus communément la « Pictish wicca ». Le mouvement va vouloir se rapprocher en réalité des Écossais Celtes mais, en changeant de noms, des modifications vont être apportées en même temps afin d’ajuster l’apparence qu’ils donnent.

Crédit photo : Andry Sasongko, photo d’illustration


Dans la génération Feri portant le nom de « Pictish wicca », les personnes acceptent la face sombre de chacun et n’hésitent pas à s’en servir tout comme les Lucifériens. La magie y est dite encore plus traditionnelle et naturelle. Les membres se contentent d’utiliser les fruits, les plantes ou les arbres, sans les transformer ou les remanier. Les outils ne se gardent pas forcément et peuvent se refaire étant donné qu’ils se fabriquent à partir d’éléments de la nature. Leurs outils doivent toujours être purs et provenir de la planète et de ce qu’elle donne. La tradition Feri sous le nom de « La tradition des fées » ou du « Pictish druidisme », est encouragé par les druides Néo-Païens actuels de Glastonbury. Ils pensent que la Pictish wicca est une branche de la wicca celte qui s’est aussi développée en Écosse au début du Moyen Âge, mais sous les légendes arthuriennes. On retrouve dans ces parallèles le parcours de Margaret Alice Murray qui fut en visite à Glastonbury. Murray prétendait également que les Autochtones, avant leur départ, avaient transmis leur savoir aux fées et aux gnomes pour les donner ensuite aux sorcières. La « Pictish wicca » ne provient pas du Moyen Âge, mais d’une femme dont les connaissances ont été largement dénoncées dans ce milieu. Elle mélangeait sorcellerie et féerie, peuple païen et conte chrétien. Pour en revenir à la tradition Feri et ses membres, ils seront décrits comme adeptes du chamanisme. Les adeptes seront également dirigés vers des dieux et des traditions celtiques, de la sorcellerie africaine au travers du vaudou, de la féerie et du petit peuple pour des fondateurs qui se qualifiaient parfois de fées. Ils souhaitaient atteindre le Pays de la féerie, nous disaient-ils.

Concernant les pratiques de ce coven aujourd’hui, ils disent se trouver dans un monde qui n’est pas le vrai et qui ne fait que se superposer à leur vue. La tradition Feri est basée sur la trance et la fertilité. On y parle de rites sexuels qui nous viendraient des enseignements de Cora et de Victor Anderson, même si cela rappelle les pratiques de Crowley et du coven Gardnerien. Ils tiendront à garder certains de leurs rituels secrets. Les Andersons enseigneront à leurs adeptes trois parties de l’âme : la première était dans le corps éthérique appelé aussi, je cite « le double entrant dans le corps physique« . La seconde était dans l’aura, la troisième serait en le dieu Feri lui-même. Cora et Victor Henri Anderson croyaient tous deux en la réincarnation où les âmes pouvaient voyager jusqu’aux gnomes et aux sylphes, qu’ils pouvaient atteindre les membres du petit peuple dans un cadre plus général. Mais pour la tradition Feri l’essentiel tournait autour de ce qu’ils appellent le « kala ». Ce dernier point décrit l’idée de n’avoir ni complexe à l’intérieur ni de complexe à l’extérieur, en langue hawaïenne, et de rester pur dans le sens d’être propre et brillant. À ce propos, Cora se défendit en expliquant que la tradition Feri avait un code d’honneur et des morales sexuelles qu’il fallait accepter. Elle expliquait que même si les chrétiens voyaient ça comme un culte du sexe il n’était pas pour autant, je cite : « une bande de chiens fous, esclavagistes en chaleur« . Pour la tradition, il fallait pourtant que le nouvel ou la nouvelle arrivante couche avec le grand prêtre ou la grande prêtresse afin de recevoir son nom, lors de l’orgasme uniquement. Dans le cas où le nouveau membre était déjà fiancé ou marié l’exercice était le même. En attendant cette cérémonie obligatoire, le terme employé sera une « intention du cœur », mais elle ne reste pas aussi reconnue que l’initiation en elle-même. Les trances et les connexions aux dieux Feri par différents moyens étaient très bien perçus. Le fléau et l’athamé, le cordon de liaison et le calice sont les instruments du coven parmi d’autres instruments indispensables aux cérémonies. Nous retrouverons beaucoup d’entre eux chez les Lucifériens ou chez Yull Rugga. La tradition Feri tourne autour d’un principe féminin du nom de Mary, que nous avons déjà vu dans les traditions de Dynion Mwyn. Les adeptes nous parlent aussi d’un principe masculin appelé « krom » qui est l’équivalent du dieu cornu. Krom était considéré comme faisant partie des jumeaux divins. D’après Anderson, Mary avait un nom traduit par « mère de l’eau », alors que krom était relié aux divinités qui, je cite : « étaient minuscules, sombres et aborigènes, venant de l’Ecosse, de l’Irlande et des anciennes îles britanniques« . Krom portait aussi le nom de « Melek Taus ».

Crédit photo : Bilge Şahinoğlu, photo d’illustration

Au creux de la tradition Feri aujourd’hui, des choses ont été modifiées. Les trois âmes sont la dispersion des connaissances, le moi divin et l’émotionnelle, où le tout doit être connecté pour mieux arriver à s’exprimer et centrer ses énergies. Le pentacle de Fer est devenu un outil pour se purifier et reste le symbole du Sexe et de l’ego, de la passion et du pouvoir, afin d’obtenir une compréhension de soi semble-t-il. Le pentacle de Perle est basé sur le même principe que le pentacle de fer, mais cette fois-ci dirigé vers l’extérieur plutôt que sur l’intérieur. Il y a aussi « le cœur noir de l’Innocence » qui est le symbole du primaire, de la sexualité et de l’innocence, comme son nom l’indique. Pour la tradition Feri d’aujourd’hui toujours, vous avez les divinités que sont la déesse étoile et les jumeaux divins, le dieu bleu remplacera « Korm » enfanté par la déesse, alors que les jumeaux sortiraient aussi de son ventre. Selon les règles et les décisions du grand prêtre, ou de la grande prêtresse, ça peut encore changer. Quelques-uns utilisent le symbole de l’infini pour se représenter dans ce culte. Voyons maintenant ce qui s’est passé à la mort du couple qui a créé la tradition Feri.

Comme vous l’aurez compris, Victor et Cora Anderson ont transmis leurs croyances personnelles à bon nombre d’adeptes durant plusieurs dizaines d’années. Va prendre la relève à leur mort, Gwydion Pendderwen, que l’on qualifie d’héritier du pouvoir des Anderson. Gwydion Pendderwen créa beaucoup d’autres rituels, composa des musiques et des poèmes comme il l’a toujours fait. Il influencera la venue d’un autre coven : les Watchmaker. Ils seront beaucoup plus secrets encore dans leurs pratiques. Beaucoup iront ensuite s’intégrer dans d’autres groupes pour transmettre le culte des Anderson, étant peu satisfaits de la version moderne. Ce fut le cas, par exemple, de « Starhawk » dont je vous parlerai dans un autre article de ce dossier. Cora décrivait leur croyance comme la survivance du culte des sorcières à l’âge de pierre. Pour leur cinquième année de mariage, elle écrivit un livre du nom de « Cinquante ans dans la tradition Feri » qui n’était ni plus ni moins qu’un hommage à son mari. Aujourd’hui, la tradition Feri perdure sous l’appellation « Nostos ou Blue Circle ». Cora Anderson décrivit aussi la tradition Feri comme une science de dévotion. Elle appelait son mari « l’Einstein de l’occulte ». Toujours est-il qu’il ne fallait pas contredire Victor Anderson, où le départ de l’éventuel rebelle était exigé immédiatement ou sournoisement, témoigneront d’anciens membres. Jim Schuette, un ancien initié de Victor, nous dira je cite : « Anderson était un maître d’œuvre. Il était fier de tester ses élèves ! » Un autre initié fit parler de lui et sera remis en place par Anderson car il voulait faire payer son savoir, ce que le grand maître n’apprécia pas même si le contenu de Gabriel Carillo était perçu comme riche intellectuellement. Des rivalités étaient présentes. 5 années auparavant, Victor Henry Anderson avait publié son premier livre de poésie qu’il avait expliqué être destiné à la déesse. C’est grâce aux économies de sa femme que la publication fut possible. Ne pouvant continuer son édition faute d’argent, c’est en 1975 qu’il sera publié à nouveau après avoir gagné le prix « Clover International Poetry Competition ». Gabriel Carillo voulait se faire éditer au moment où Anderson avait trouvé le moyen d’être populaire dans l’édition.

© P.Alexandra pour L’amour des reliques – 13/12/2019. Toutes reproductions est interdite sans l’accord de l’auteur. Consultez les mentions légales du site, merci.

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