Aux origines des superstitions,  La lune mystique

La mauvaise réputation de la lune, ou l’influence des religions

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Crédit photo : Jesus Toledo, photo d’illustration

Dans les civilisations assyriennes et babyloniennes, on constatait déjà la force et la puissance de la lune sous le nom de «Luna». Elle sera reconnue aussi dans différentes formes de sorcellerie et dans de nombreuses religions, y compris les plus primitives. Quelques adeptes la condamnent aujourd’hui, mais nous allons voir ensemble à quel point pourtant leurs ancêtres l’ont vénérée de par le passé. Chez les Babyloniens, puisque nous en parlions, les 3 jours avant le premier croissant faisaient peur, au point qu’ils pensaient voir arriver les plus grandes catastrophes. Dans l’antiquité, il fallait faire des sacrifices aux dieux des enfers pour éviter qu’ils se mettent très en colère. Le but était aussi d’empêcher la lune de réapparaître. S’était tellement ancré que cela s’appelait « les jours du chagrin ». Les Babyloniens mettaient en place des rites particuliers et seuls les anciens pouvaient choisir le jour lunaire approprié, pour célébrer des mariages par exemple.

Chez les Mayas, la lune a eu le visage de la négativité malgré sa complicité perpétuelle avec le soleil. Elle était la paresse associée à l’araignée. Chez les Aztèques, elle est associée au dieu de la pluie et du feu qui porte le nom de Tlaloc. D’ailleurs, dans beaucoup de codex d’origines Aztèques on retrouvera la lune représentée avec un bol d’eau et une silhouette de lapin. Chez les Incas, la lune a eu des langages différents au travers du temps et nous allons en parler ici pour comprendre les influences que nous rencontrons aujourd’hui. Là-bas, elle a d’abord été une divinité féminine portant le nom de Quilla qui n’avait aucun lien avec l’astre solaire car, lui, portait le visage du dieu Inti. Elle en était la sœur et la femme. C’est dans cette culture qu’elle sera véritablement perçue comme la déesse qui représente exclusivement les femmes. Par la suite, les pays voisins vont avoir une influence là-dessus et la lune deviendra l’épouse du soleil. Cette fois-ci, elle enfantera aussi les étoiles. Elle régnera sur les eaux et les vents, sur les reines qui vont gouverner et sur les accouchements.

La Lune a donc souvent été associée à l’astre solaire dans les temps les plus reculés car ils étaient, à eux deux, des repères pour s’orienter dans le temps et sur les chemins. Ce fut aussi le cas chez les Perses et les Arabes nomades. Elle y était une lumière qui guidait également dans l’obscurité. Il est question là des premières dualités dont je faisais mention dans l’introduction de ce dossier. La lune a eu un symbole masculin chez les Indiens qui vivaient au Brésil. Là, elle devient une divinité mâle indépendante qui éclaire les voyageurs, une amie réservée aux hommes. Pour eux, la lune a souvent été le symbole de la connaissance indirecte, étant donné que son cycle est progressif. Elle est restée un symbole de beauté et d’orientation que l’on qualifiait de passive et de réceptive. Si le soleil est le feu, la lune est ensuite devenue un symbole de l’eau, deux éléments terrestres indispensables pour survivre à cette époque.

Beaucoup plus tard pour Pindare, un poète Grec de sa génération, la lune était l’œil de la nuit réservé aux sorcières et elle avait le visage de l’astre maléfique. Il associait la lune à Hécate, Artémis, Séléné et Perséphone. Auparavant bénéfiques, elles vont devenir la figure du mal pouvant s’abattre sur les hommes avec l’astre lunaire comme complice. Les gréco-romains donneront à la lune le nom de «Bambo» pour décrire une divinité malfaisante, qui aidait les sorcières à envoyer des fantômes aux hommes. C’est aussi à cette période que l’on dira que les sorcières faisaient des sacrifices humains ou animaliers sous l’astre lunaire. Voici un exemple d’une prière de l’époque qui sous-entend à quel point, à tort, la lune aurait des pouvoirs dangereux : «Viens, ô triple Bombo, déesse infernale et terrestre et céleste, déesse des chemins et des carrefours, ennemie noctambule de la lumière et qui nous apporte la lumière, amie et compagne de la nuit, errante parmi les ombres et les sépulcres, tu te plaît au long aboiements des chiens, à la vapeur du sang répandu. Tu désires le sang, apporte aux mortels l’épouvante. Ô Gorgo, ô mormo, lune multiforme, favorise d’un rayon propice un sacrifice offert en ton honneur». La lune a aussi été associée à Janus et, dans ce cadre, elle sera autant les portes du ciel que celle de l’enfer.

La Vierge Marie, quant à elle, sera souvent comparée à la lune. Elle était représentée sur un croissant. On disait qu’elle revenait à la vie, comme le Christ, pendant que l’association lune et étoile était l’un des symboles du paradis. Ceci rappelle un peu les principes Inca. S’il arrive que la lune ait une face négative de réputation, c’est peut-être parce qu’elle a été accolée à des divinités infernales dans la mythologie latine. Son image va considérablement se dégrader pour en faire encore une fois la grande amie de la déesse Perséphone qui régnait sur les morts avec des chiens démoniaques, disait-on, à tort. Hélas, encore aujourd’hui, les superstitions et les confusions religieuses vont perdurer. Chez les Bretons, il était dit que la lune avait été créée par le diable en opposition au soleil conçu par Dieu. On racontait alors qu’elle avait une influence sournoise et qu’elle était le soleil déchu, un brouillon du soleil, parce que le Christ ne sut pas quoi en faire. Il sera ajouté qu’il décida de la designer comme un astre noir. Une légende racontera, dans le même temps, qu’un soldat avait réussi à enfermer le diable dans un sac. Il fabriqua un canon et l’utilisa ensuite pour expédier la bête dans la lune. Il était dit que l’on pouvait alors voir le diable dans l’ombre de l’astre. Au Moyen Âge, la lune abîmait les œufs et le vin, mais aussi le poisson et d’autres aliments essentiels. Étrangement, c’est une croyance à laquelle croient encore quelques religieux.

L’astre lunaire a également été le symbole du premier mort car il disparaît trois nuits chaque mois. Lorsqu’il réapparaît, on fait volontiers mention d’éléments de la terre nourricière qui peuvent renaître. Nous aurons l’occasion d’approfondir à ce propos dans un autre article de ce dossier. La lune était le passage de la vie vers le monde des morts au point de faire revivre les défunts de l’ordre des mages, des sorciers ou des héros en fonction des époques, des croyances et des régions.

© P.Alexandra pour L’amour des reliques 11/04/2022. Toutes reproductions partielles ou intégrales sont interdites sans l’accord de l’auteur, consultez les mentions légales du site, merci

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