L’instrumentalisation d’Anneliese Michel, Médias et procédures
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Le procès entourant la mort d’Anna Élisabeth a été tumultueux et fut particulièrement célèbre pour ses ambiguïtés entre religion et corps médical, entre une peine estimée trop légère pour certains et injustifiée pour d’autres. C’est le parquet d’Aschaffenburg qui a été saisi de l’affaire suite à un appel d’Ernst Alt. Il expliquera qu’une enfant est morte suite à des exorcismes répétés depuis plusieurs mois. Une autopsie du cadavre a été effectuée sur ordre du procureur général le même jour. L’enquête donnera lieu à plusieurs accusations à l’égard des parents de Michel, ainsi que contre Ernst Alt, Renz et Stangl. Ils seront accusés d’homicide par négligence. La procédure étendra les accusations à Rodewyk un peu plus tard. Tous sont les protagonistes qui auront pris les décisions autour d’Anna Élisabeth et qui ont créé ce cercle dangereux autour d’elle. Ils étaient parfois complices ou d’autres fois spectateurs. L’enquête contre Stangl et Rodewyk sera interrompue par le procureur en juillet 1977. Ils estimaient que les deux n’avaient aucun contact réel avec la victime et ne pouvaient donc pas avoir connaissance de son état de santé. Ils se reposeront sur les arguments tels que le fait qu’ils n’auraient fait que donner les autorisations. Vous pourrez approfondir avec Petra Ney-Hellmuth toujours, dans son livre « L’affaire Anneliese Michel ».
Lors du procès, qui commencera en juillet 1977 donc, l’affaire tournera autour de 4 accusés qui sont les parents, Renz et Ernst Alt. Ce scandale va faire le tour du monde, au point que même le Vatican va suivre la procédure de près. Les médias vont s’emparer de l’histoire d’Anna Élisabeth en la plaçant à la une de bons nombres d’articles de presse. À la demande du ministère public en lien avec l’affaire, l’expert de l’hôpital psychiatrique de l’Université de Würzburg sera dans l’obligation de faire constater la maladie dont souffrait l’adolescente. Ceci ne va pas faire de bien aux semblants d’excuses des deux prêtres étant donnés les nombreuses, très nombreuses affaires de viol qui planent au-dessus d’eux même encore aujourd’hui. On ne sait toujours pas qui a vraiment violé la mère de l’enfant et pourquoi les autorités de l’église se sont mêlées de leur union, même si aujourd’hui beaucoup déduisent que cela peut avoir eu un lien avec tout ça. Un autre prêtre accusé de viol et d’abus sexuel a été transféré il y a peu au sein du clergé de Würzburg et actuellement, selon Christine Jeske, qui aura écrit un article de presse en Allemagne, d’autres affaires ressortent, y compris celle d’Anna Élisabeth. En 2013, le diocèse de Würzburg était encore montré du doigt à ce propos. Alors qu’il parlait de transparence, les victimes parlaient de dissimulation et certains témoignent de cas de mauvais traitements.
Pour en revenir à notre affaire, il sera expliqué lors du procès qu’à cause des médicaments, la maladie d’Anna Élisabeth s’est exprimée autrement. Elle se serait transformée en une psychose paranoïaque. Les symptômes et les conséquences seront mis en avant. Il sera également fait mention du fait que la détérioration de l’état de santé de la jeune fille était aussi due au radicalisme qui l’entourait. Tout ceci avait provoqué une perte de contrôle de sa maladie qu’elle ne pouvait plus gérer. Selon l’expert, cette maladie grave et complexe aurait également provoqué une forme d’anorexie extrême qui a finalement conduit à la laisser mourir de faim. Les accusés entendront aussi les experts expliquer qu’Anna Élisabeth aurait pu subir un gavage forcé, une méthode employée à l’époque, pour l’empêcher de se laisser mourir. La consultation d’un médecin puis d’un psychothérapeute aurait pu la sauver. Il a été dit qu’elle avait subi trop de choses et que ça l’avait rendu trop vulnérable. Toujours durant le procès, il sera clamé qu’une décision autre que l’exorcisme aurait dû être prise. Les défenseurs des deux membres du clergé auront le culot d’appuyer sur la maladie et parleront de schizophrénie grave en estimant qu’ils n’étaient pas responsables. Souvenez-vous des précédents articles, je vous expliquais que dans le cas de l’épilepsie avec absence qui entre dans la catégorie des TSA, un traitement peut rendre la personne victime de ce handicap schizophrène. En avait-il conscience en réalité, tout en s’assurant que les médicaments soient pris ? La forte religiosité des 4 accusés sera mentionnée comme un vecteur des problèmes de cette enfant qui avait fini par penser qu’elle ne pourrait être aidée que de façon divine et qu’elle était le diable en personne, qu’elle était celle qui devait apporter le salut et montrer la voix à celles et ceux qui voudraient bien l’entendre. Il sera fait mention du fait que les prêtres accusés avaient agi en raison de leurs convictions religieuses qui restaient particulièrement primitives, pour continuer à penser que l’épilepsie est synonyme de possession. Les parents d’Anna Élisabeth se sont défendus en invoquant le fait qu’ils avaient confié le destin et la vie de leur fille à l’église et aux prêtres par intermittence, puis de façon régulière, pendant que Renz rejetait la faute sur les parents lors du procès. Renz renchérira en disant que les soins médicaux et la nutrition ne sont pas le travail d’un exorciste et que ce sont eux qui auraient dû faire le nécessaire. Pourtant, les photos circulant dans les médias de l’époque démontrent que cela n’aurait pu échapper à l’œil de personne vu l’état dans lequel était Anneliese. Les 4 accusés ont également souligné que Rodewyk leur avait assuré que personne n’était mort pendant un exorcisme, ils s’accusent tous mutuellement pour échapper au verdict. Il est à noter que le père, pour se sortir d’affaire, va choisir un avocat expert en séquelles dues à la guerre et au traitement de la justice pénale face aux crimes nazis. Michael Getler en fera mention dans la presse allemande en titrant son article « les pleurs d’une femme possédée ».
Comble de l’horreur, le jugement ne va pas faire l’unanimité et cela se comprend. Le juge estimera que les membres du clergé croyaient vraiment au diable et qu’à ce titre ils étaient bien intentionnés. Leur peine sera allégée, alors que les parents ne seront pas trop inquiétés non plus, puisque encore une fois le juge va choquer l’opinion publique en estimant que le chagrin dû à la perte de leur fille était suffisant. Pour beaucoup de gens, ils n’ont jamais été punis à la hauteur de leur crime. Ne sera pas pris en compte le passé des membres du clergé sur lesquels planaient des affaires de viol car le doute de l’abus sexuel sur Anna Élisabeth a lui aussi été posé. De nombreuses autres victimes avaient témoigné à l’époque. Certaines religieuses en parlent encore aujourd’hui. Si vous pensez que cela va s’arrêter là, vous vous méprenez…
Anna Élisabeth sera aussi considérée comme un instrument dans sa tombe. L’adolescente ne pourra pas non plus y être tranquille, puisque son corps sera même exhumé à la demande des parents. Suite aux propos d’un membre de leur entourage, le fait que le cercueil ne soit pas fait de chêne doublé de zinc posait problème. La complice des parents avait expliqué qu’Anna Élisabeth lui était apparue du monde des morts et lui avait demandé de faire le nécessaire. Lors de l’ouverture du cercueil, le directeur du salon funéraire et ses assistants, un représentant du bureau de district, deux policiers étaient présents. Tout ceci ne va choquer aucune des personnes présentes au pied de la tombe qui est aujourd’hui considérée comme un lieu de pèlerinage pour quelques-uns, ou la tombe de l’horreur pour d’autres. Des témoignages de croyants arrivent encore et on entend que la tombe d’Anna Élisabeth est un cadeau divin. En ces temps modernes, de nombreuses formes de désinformations apparaissent sur le web. Anna Élisabeth est toujours instrumentalisée en URBEX ou parmi des gourous. Beaucoup de gens prétendant respecter les morts refusent de la laisser reposer en paix. Je vais quand même vous faire entendre l’exorcisme effectué sur Anna dans le prochain article. J’ai coupé les passages qui n’offraient que des blancs pour aller droit à l’essentiel. Quelques propos tenus, autant par la jeune fille que par les deux prêtres, sont perturbants et vous allez comprendre pourquoi.
© P.Alexandra pour L’amour des reliques – 06/08/2018. Toutes reproductions est interdites sans l’accord de l’auteur. Consultez les mentions légales du site, merci.

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