Margaret Alice Murray, entre sorcellerie et chrétienté
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Je ne pouvais faire ce dossier sans commencer par Margaret Alice Murray qui fut très connue pour ses études dites païennes. Réputée aussi pour ses tendances à manipuler certains événements afin de défendre ses thèses, elle sera montrée du doigt dans beaucoup de corps de métier, y compris parmi des occultistes de renom. J’ai obtenu la signification du mot Wicca ou Wiccan. Contrairement à ce que prétend Mme Murray, elle est fausse, complice avec Gardner, elle préférera le soutenir au détriment de vraies informations. Cette erreur linguistique m’avait surprise pour une personne qui avait tant voyagé, tout en ayant pris des cours de langue. Je décide donc d’approfondir car il ne faut pas oublier que ce sont justement ses idées, par l’intermédiaire de Gardner, qui vont être le moteur du mouvement Wiccan. Nous allons donc commencer par le commencement :
Margaret Alice Murray a grandi en Inde, entourée d’une dizaine de domestiques indiens et déjà très bien placée socialement. Sa mère prêchait le culte chrétien chez les hindous et refaisait également leur éducation biblique. Son père était à la tête d’une entreprise florissante. Margaret Alice Murray sera envoyée avec sa sœur en Angleterre, chez son oncle, où elle y effectuera des études poussées. Déjà un peu rebelle pour l’époque, cet oncle lui enseignera la chrétienté profonde et son « rôle de femme », lui disait-il. Elle n’écoutera pas toujours les conseils et après le retour de ses parents, Margaret Alice Murray fit de l’anthropologie et de la langue de Molière ses matières favorites. Elle était aussi très impliquée pour aider les personnes défavorisées.
Margaret Alice Murray voyagea donc beaucoup. C’est son ouvrage nommé « le culte des sorcières en Europe occidentale », publié en 1921, qui va véritablement faire parler d’elle. Il va aussi créer différentes polémiques. Durant une longue pause elle ne pourra plus faire de recherches dans sa spécialité qu’est l’étude de l’Égypte. Margaret Alice Murray écrivit ce livre qui accentua les clichés païens et sorciers. Elle expliquait clairement que la lutte des païens était en marche à travers de différents groupes qui se réunissaient en secret. Dans son ouvrage, Mme explique que pendant qu’ils priaient leur Dieu, ces groupes faisaient des sacrifices humains nombreux et que cela durera jusqu’à l’inquisition. Je trouve cette affirmation tendancieuse et vous comprendrez par la suite pourquoi. Margaret Alice Murray décrivit les sabbats comme des réunions de sorcières qui ont survécu en cachette, malgré les morts qu’il put y avoir en cette période de chasse. Elle nous décrira sa façon de voir l’inquisition, mais ce n’est pas tout. Elle explique également que malgré leurs rituels sanglants, il était intéressant de voir la place de la femme au sein de ces réunions et la façon de résister aux principes de l’église qui cherchaient alors à s’imposer. Les critiques fusent et elle est accusée de ne pas vérifier ses sources, d’avoir manipulé le nombre de morts sur le bûcher. On la confronte en expliquant que pour conserver la bonne réputation de son livre, elle aurait menti pour arriver chaque fois à des covens de 13 personnes, par exemple. Étrangement pour Margaret Alice Murray, les sorcières fonctionnaient obligatoirement par groupe de 13. C’est un chiffre qui n’était pas anodin, y compris chez les chrétiens à l’époque.
Après enquête et vérifications sur l’affaire des sorcières d’Aberdeen de 1597, qui est un exemple qu’elle avait utilisé, ce ne fut pas le chiffre réel des défunts que la professionnelle de l’Égypte donna. D’autres auteurs feront le lien avec le « Malleus Maleficarum » qui aurait servi à Margaret Alice Murray. Ces autres auteurs vont donc l’accuser d’avoir puisé ses idées dans des textes relevant parfois du satanisme. Margaret Alice Murray fera aussi mention d’orgies sexuelles, de sacrifices animaliers obligatoires lors de cérémonies ; elle disait à ce moment en posséder les preuves. Quelques-uns la soutiendront, appréciant son travail qui était qualifié de nouveau et de libérateur pour la femme, à leurs yeux. Elle est soutenue en tant que militante et professionnelle de l’Égypte aussi, ce qui pouvait la rendre crédible dans le monde de la néo-sorcellerie. Seulement voilà, ce n’est pas parce que l’on est très doué dans une matière, que l’on est doué partout. Margaret Alice Murray donnera donc son point de vue sur le dieu cornu. Il semble qu’elle ait fait mention d’un dieu à corne, en effet, que les sorcières priaient régulièrement. Seulement voilà, il n’a rien en commun avec la divinité «Cermunnos» bien connu aujourd’hui des Wiccans. Il semble que Margaret Alice Murray ait aussi considéré Jeanne d’Arc comme une martyre Païenne, victime d’une société secrète.
Je cherche d’autres pistes et lis quelque chose qui va me frapper : les légendes arthuriennes. Margaret Alice Murray va mélanger beaucoup de choses en ce domaine, et c’est ce qui va m’aider à comprendre une partie de cette passion chez quelques Wiccans. Il ne faut pas oublier non plus qu’elle est à l’origine d’une partie des idées de Gérald Gardner, celui que l’on qualifie de fondateur de la Wicca à tort. Ce dernier élément aura de l’importance pour la suite. Margaret Alice Murray aurait été aussi envoyée à Glastonbury où elle s’est intéressée à « l’abbaye de Glastonbury ». C’est un lieu qui est associé au célèbre roi Arthur et au Saint Graal, aux légendes arthuriennes. L’ouvrage qui en ressortira sera critiqué. D’autres confusions entre chrétien et Celte seront soulignés. Margaret Alice Murray s’est inspirée de cette abbaye, dans le même temps, qui va être à l’origine de sa passion de la sorcellerie. C’est d’ailleurs pour ça aussi que dans l’ouvrage titré « The Witch-Cult in Western Europe », publié en 1921, elle ne se consacre presque qu’à la Grande-Bretagne. On sait que la sorcellerie ne s’arrête pas à un seul endroit, mais l’influence est là. Margaret Alice Murray va décider de changer de méthode. Elle omet volontairement de réitérer certains de ses propos qui faisaient scandale, en particulier concernant les sacrifices d’enfants et d’animaux effectués par les sorcières. Elle semble changer d’optique, ce que beaucoup ont condamné. Elle est alors dénoncée, accusée de manipuler, les sceptiques attendant toujours les preuves qu’elle prétendait avoir mais qu’elle ne donnera jamais. Chez les Wiccans de l’époque qui auront lu ses livres, le mal est fait.
Pour que cela passe mieux donc, elle parlera de « l’ancienne religion », en particulier dans le livre « The God of the witche » publié en 1933. Elle réitère les mêmes dans « The Witch-Cult in Western Europe » encore une fois. Sa nouvelle pensée va influencer le mouvement Wiccan Dianiste d’aujourd’hui. Même si la fondatrice de ce coven vous dira s’inspirer de l’anthropologue Marija Gimbutas, sachez qu’elle s’est inspirée à son tour des termes utilisés par Murray. Je reprends les explications de Mme qui considérait à l’époque qu’il existe « la sorcellerie opérative » en lien avec les charmes et les sorts, puis « la sorcellerie rituelle » pour parler de « l’ancienne religion de l’Europe occidentale ». Cette ancienne religion serait basée sur la fertilité et la foi d’un « culte dianique ». Margaret Alice Murray nous expliquait aussi que le culte avait un lien avec une divinité masculine et une déesse mère. Que ce dernier pouvait avoir autant l’apparence d’unhomme que d’une femme, ou même d’un animal. Le terme de « Wiccan Dianique » sera tout de même repris par Zsuzsanna Budapest, les idées également, mais sans le diable que Margaret Alice Murray avait comparé au dieu cornu pour expliquer sa théorie. L’anthropologue, qui a donc inspiré le mouvement Dianiste, parle d’un dieu cornu à deux visages portant le nom de Janus ou de Dianus dorénavant. Elle persistera à expliquer que Jeanne d’Arc serait morte parce qu’elle était possédée par cette divinité, son Cermunnos transformé. Elle nous expliquera aussi que les Chrétiens pensaient que les sorcières vénéraient le diable mais qu’elle n’était pas toujours d’accord, elle voulait soutenir cette dite « lutte païenne secrète ». À certains moments pourtant, on a le sentiment que, sans lui donner le nom adéquat, c’est l’entité que va décrire Murray. Un être qu’elle va accoler aux sorcières à plusieurs reprises. Elle ne lui en donne pas le nom ou le principe entier, mais les Païennes qu’elles souhaitent soutenir sont diabolisées au travers de prétendu sacrifice humain et animalier. Ce sont des idées dont vont se servir l’église par la suite, même encore aujourd’hui, pour continuer la chasse et surtout condamner les néo-païens dits «les Wiccans».
Comme vous le savez, j’apprécie tout particulièrement la culture amérindienne. Là aussi je vais trouver des choses surprenantes. Margaret Alice Murray expliquait que cette religion, celle du dieu cornu à deux visages donc, a été transmise par des peuples autochtones de petite taille. Qu’ils ont été rejetées de leur terre mais qui, avant de partir, ont transmis leur savoir par l’intermédiaire du petit peuple. Qu’ils ont eux aussi, à leur tour, transmis les choses aux sorcières. A l’époque, Margaret parlait beaucoup de «gnomes» en plus de «petits autochtones», en ces termes. Nous savons que les peuples dont elle fait mention ne sont pas païens, on s’écarte de plus en plus, l’anthropologue multiplie les amalgames. Elle expliquera également que celles qui rataient les réunions de coven, au nombre de 4 par an, pouvaient être massacrées par ses 13 sœurs qui seraient présentes. Tout en insistant sur le chiffre 13, avec celle qui est destinée à mourir, cela fait 14. Margaret Alice Murray soutiendra que les sorcières passaient obligatoirement par un rituel d’entrée, qu’elles devaient prouver leur foie à un dieu plus souvent présent qu’une déesse dans ses ouvrages. Ce dernier point reste étonnant vu son discours engagé et féminin, qui visait une déesse mère. Elle parlera ensuite de registre de clan concernant les covens, stipulera que les deux fêtes les plus importantes étaient celles de la veille de mai et celle de la veille de novembre. Pour Margaret Alice Murray, les sabbats étaient religieux alors que les esbats ne se célébraient que la nuit et de façon privée. Les sorcières devaient faire vœux de fidélité et d’obéissance toujours dans la joie. Encore une fois, parler de libération de la femme et d’obéissance obligatoire m’interpelle. Tout ceci devait avoir lieu devant ce dieu à deux têtes créé à son image. Dans l’un de ses livres, elle écrira quelque chose qui va, je pense, vous faire comprendre ce que je tente de démontrer. Elle y expliquera que les sorcières pouvaient être amenées à faire quatre sacrifices, dont celui du sang, qui consiste à écrire son nom en se blessant. Elle y encourage le sacrifice d’un animal et celui d’un enfant. Le chérubin ne doit pas être Chrétien. Cette cérémonie, toujours selon elle, devrait permettre de se procurer des pouvoirs magiques. Quant au sacrifice du feu, il assurerait la fertilité. Au-delà de l’acte horrible en lui-même, vous remarquerez ici une influence religieuse bien loin des païens ou des Wiccans.
Margaret Alice Murray n’était pas toujours bien vue dans le cadre de la sorcellerie mais elle était très bien perçue en tant qu’Égyptologue, comme je vous le disais. Elle a été la première femme à déterrer une momie, par exemple. Mais avec le temps, les langues finiront quand même par se délier et autour d’elle quelques-uns expliqueront que son importante position l’aurait rendu plus crédibles aux yeux de certains lecteurs. D’autres l’ont accusé d’avoir dirigé les Wiccans vers le culte chrétien, se fichant des païens et de la sorcellerie. Murray était devenue l’assistante d’un professeur dans le domaine de l’étude égyptienne et membre d’un institut d’anthropologie en Angleterre. Elle avait d’autres places qui lui apportaient certains privilèges. Après sa mort, des études supplémentaires démontreront que la sorcellerie n’était pas uniquement issue d’une société secrète et douteuse en pleine expansion Païenne, tel qu’elle avait tendance à l’exprimer.
Dans la pratique, Margaret Alice Murray disait toucher l’art de la magie pour jeter des sorts aux gens méprisants. Quelques-uns ont témoigné l’avoir vu maudire un voisin universitaire en présence de deux collègues. Vrai ou faux, on ne le saura peut-être jamais. Pour le numéro 1961 d’un magazine de Folklore, Murray a été honoré pour sa carrière. Une réunion a eu lieu pour commémorer son 98e anniversaire. Le texte populaire soulignait tous ses talents car il est vrai que, dans d’autres domaines, elle en a de grands. Les écrits de différents chercheurs vont lui rendre hommage concernant l’archéologie. D’autres lui feront honneur concernant le monde de la féerie et, dans ce cas, vous ferez sans doute le lien avec l’article des « traditions de Dynion Mwyn ». Nous y viendrons. Elle sera récompensée pour ses connaissances sur les symboles religieux du Proche-Orient. Concernant la sorcellerie, aucun n’a voulu défendre ses théories, y compris chez celles et ceux qui avaient une certaine expérience. Margaret Alice Murray est une femme qui vécut jusqu’à l’âge de cent ans et qui était qualifiée de solide et de volontaire, de bien intentionnée malgré son envie de maudire. Elle publiera un dernier ouvrage autobiographique du nom de « My First Hundred Years », traduit par « Mes cent premières années », qui sera lu en 1963. Elle reçut encore « un doctorat honorifique pour sa carrière en égyptologie ». La publication de « l’Encyclopædia Britannica » où elle devait parler des procès des sorcières, où elle parlera à la dernière minute de ses idées personnelles, restera toutefois la référence de bon nombre de lecteurs. Je cite Jacqueline Simpson : « les idées de Murray sont devenues tellement ancrées dans la culture populaire qu’elles ne seront probablement jamais déracinées ». En 1994, un autre : « un folkloriste britannique ne peut se souvenir du Dr Margaret Murray sans gêne et sans paradoxe. Elle est l’une des rares folkloristes dont le nom est devenu largement connu du public, mais parmi les universitaires, sa réputation est à juste titre faible; sa théorie selon laquelle les sorcières étaient membres d’une énorme société secrète préservant un culte préhistorique de la fertilité à travers les siècles, est désormais basée sur des méthodes profondément erronées et des arguments illogiques. Le fait que, dans sa vieillesse et après trois livres de plus en plus excentriques, elle ait été nommée présidente de la Société du folklore, a certainement dû nuire à la réputation du statut de la folkloriste dans ce pays; cela contribue à expliquer la méfiance que certains historiens ressentent encore envers notre discipline ». Fin de citation. Le folklore, je le rappelle, est l’étude des traditions et des religions. Dans le cas de Murray, il était bel et bien question de ses études concernant le culte de la sorcellerie. Mais alors maintenant… Quel est son véritable lien avec la wicca ?
Margaret Alice Murray est celle qui va influencer Gérald Gardner, le prétendu doyen de la wicca. Il utilisera ses ouvrages et peut-être même ses méthodes de désinformation, de textes transformés, comme elle le fit à son époque. Margaret, lors de l’éclosion du mouvement Wiccan dans l’Angleterre de 1940, va mettre en avant ses théories. Une première pour l’époque incluant des sorcières, le Dieu Cornu et la Déesse Mère, les esbats et les sabbats. Maintenant, quelqu’un d’influent en parle. Ces simples mentions, malgré les amalgames importants qu’elle a pu faire, vont lui donner le titre de « grand-mère des Wiccans ». Après son ouvrage dans les années 20, vient Gardner qui va s’en servir de base pour créer le premier mouvement Wiccan important en nombre. Philip Heselton pensait que New Forest, qui fut créé en 1935, était le plus ancien groupe Wiccan. Gardner en a fait partie au départ et ceci explique peut-être pourquoi Murray a tellement soutenu cet homme dans sa théorie linguistique. Il y a pourtant un piège à ce propos, nous approfondirons plus tard. Margaret Alice Murray a aussi écrit la préface du livre de Gardner en 1954 : « Witchcraft Today ». On dit que sans Gardner, le nom de Murray aurait peut-être même été oublié. Dans les années 90, la foi en Murray était partagée entre les pour et les contres. Simpson, que j’ai déjà cité plus haut, nous dira, je cite : « la thèse Murray dans l’Encyclopædia Britannica la rendait accessible aux journalistes, cinéastes et aux romanciers qui l’ont adoptée avec enthousiasme ». Ceci sous-entend que n’importe qui pouvait désormais y aller de sa petite théorie sur des bases bancales. Nous pouvons au moins nous dire que Margaret Alice Murray aura eu le mérite de soulever le débat.
© P.Alexandra pour L’amour des reliques – 13/12/2019. Toutes reproductions est interdite sans l’accord de l’auteur. Consultez les mentions légales du site, merci.

Alexandra a œuvré dans le cyber militantisme pendant plus de 25 ans. Décidée à poser son épée, elle partage ensuite d’autres passions qu’elle a gardées discrètes : La recherche des mystères et l’écriture. Une association qui a vu le jour donnera lieu, 8 ans plus tard, à la création de cette auto-entreprise. Une histoire d’amour entre elle et ses internautes, qui n’a de cesse de grandir. C’est avec plaisir aujourd’hui qu’elle accompagne ses produits de vente, aux articles qu’elle écrit bénévolement pour des échanges multiples et une communauté de passionnés. Vous pourrez la rejoindre sur les réseaux sociaux via les liens ci-dessous, ou participer sous les articles. Nous vous souhaitons de bons achats et une bonne lecture






2 commentaires
Risa
trop contente de relire tous ça
L'amour des reliques
Merci Risa