Aux origines des superstitions

Offrir un couteau contre une pièce, un talisman et un rituel très ancien

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Crédit photo : Roman Odintsov, photo d’illustration

Offrons-nous d’abord un bref aperçu de l’histoire du couteau pour mieux comprendre les informations à venir. Les premiers couteaux étaient en réalité des silex confectionnés à base d’obsidienne. Il venait de la lave, plus particulièrement. Ces matériaux étaient déjà utilisés dans la préhistoire tout comme le couteau, et l’obsidienne était une pierre sacrée qui était utile aux rituels et aux sacrifices. Ce n’est pas anodin quant à la fabrication des premières lames. Certaines de ces lames justement, sont datées d’au moins 25 000 ans et pouvaient être aussi en os. C’est à l’âge du bronze que certains couteaux seront fabriqués en métal et que l’on y ajoutera un manche pour le tenir plus fermement. Les Romains fabriqueront les premiers couteaux qui seront en acier. Ceux que vous connaissez le plus, en acier inoxydable, seront fabriqués aux États-Unis en 1921 pour la première fois. En ces temps modernes, quand il est question d’offrir un couteau, on constatera que les connaisseurs ont des termes bien à eux : le « schlass » est une version allemande qui se traduit par « homme ivre », le « surin » veut dire « couteau » en tzigane par exemple.

On dit qu’offrir un couteau contre une pièce est une bonne chose. Il est en réalité question d’un geste religieux. Si vous étiez amené à offrir un objet tranchant à quelqu’un, il faut que cette personne vous donne une pièce de monnaie en échange selon le rituel traditionnel. Si ce n’est pas fait, cela signifie que vous allez interrompre l’amitié ou l’amour que vous vous portez mutuellement.

Cette superstition provient peut-être d’un passage de la Genèse et plus précisément du sacrifice d’Isaac. Dans les textes religieux, Abraham s’apprête à sacrifier son fils en lui tranchant la gorge avec un couteau, mais un ange l’interrompt. C’est aujourd’hui la pièce de monnaie qui va faire office de barrage, comme le fait l’être ailé pour empêcher la mort de l’enfant. Du même coup, on dit aussi que c’est ce qui va empêcher que quelque chose s’abatte sur vous à votre tour. À travers le temps, ce rite a perduré. En Auvergne, on donne la pièce la plus petite possible pour démontrer que l’argent n’a pas d’importance dans ce procédé. Ce geste serait avant tout un signe de protection, pour ne pas voir son amitié ou son amour réciproque s’écrouler même lors de l’échange.

Dans certaines régions, le couteau est un symbole du chef de famille. En réalité, les convives ne pouvaient pas commencer le repas tant que la personne placée en bout de table n’avait pas sorti son couteau. A cette époque, il était souvent question d’un homme. Ce mythe a continué dans le temps, mais contrairement aux idées reçues, le couteau n’est pas uniquement destiné à ces messieurs. La Reine Élisabeth II en aurait reçu en cadeau et insista pour donner une pièce en retour, par exemple. Dans d’autres traditions, l’échange du couteau contre une pièce de monnaie est une « passation des pouvoirs », d’où l’importance pour un homme au Moyen Âge d’avoir toujours un couteau sur lui. C’était bien vu.

Il serait possible de créer une amulette à partir de cet échange. Recevoir un couteau ancien ou déjà utilisé, puis garder la pièce pour la faire percer et la porter au cou, apporterait de l’argent ou de la chance. Cependant, pour que cela marche, il ne faut pas provoquer l’événement pour avoir l’amulette. Cela risquerait de ne pas faire effet. L’acte doit être sincère, volontaire et instinctif, au risque de voir l’inverse se produire.

© P.Alexandra pour L’amour des reliques – 25/04/2019. Toutes reproductions est interdite sans l’accord de l’auteur. Consultez les mentions légales du site, merci.

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