La wicca originelle

Robert Cochrane et le clan Wiccan de Tubal Cain

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Crédit photo : Nur Yilmaz, photo d’illustration

Robert Cochrane, de son vrai nom Roy Bowers, est issu d’une famille d’ouvriers née dans l’ouest de Londres. Il fait partie d’une famille de huit enfants. Robert Cochrane a fait des écoles d’art et appréciait tout particulièrement la vie dite de « baba cool ». Il va se rendre un jour à une réunion de la « Société de recherche psychique » et, d’après le témoignage de sa tante, c’est ce qui aurait déclenché sa passion pour l’ésotérisme. Cette société est un organisme qui étudie avant tout les sujets paranormaux, l’hypnose, la dissociation par exemple, mais aussi le transfert de pensée, la médiumnité, les apparitions, les maisons hantées et bien d’autres sujets de ce type. On qualifiait Robert Cochrane de violent dans sa jeunesse. Il aurait fait de la prison à l’armée mais une rencontre amoureuse va tout changer, il finira par épouser Jane avec qui il aura un fils.

À la suite de ces événements, Robert Cochrane tentera la création d’un premier coven qui va vite s’écrouler après la mort de l’un de ses membres. C’est son deuxième coven, fondé en 1931, qui va donner à Robert Cochrane les bases du clan de Tubal Cain. Il avait alors préféré remplacer le terme de coven par clan en 1964, une fois arrivé aux États-Unis. Il semble que Cochrane ait lui aussi été initié au Gardnerianisme, en particulier à New Forest. C’est à la même époque qu’il expliquera être né dans une famille possédant des pouvoirs de génération en génération depuis le 17ème siècle, et que deux de ses ancêtres avaient été brûlés sur le bûcher condamnés pour sorcellerie. Robert Cochrane expliquait volontiers aussi que son arrière-grand-père avait été le dernier grand maître des sorcières du Staffordshire et qu’il tenait sa foi de sa tante, dont nous avons parlé plus tôt. Sa femme et des membres de sa famille le qualifieront de menteur beaucoup plus tard.

Pour ce nouveau coven en tous les cas, Cochrane va passer une annonce pour attirer des membres intéressés par l’ouvrage de Robert Graves « La Déesse Blanche », tout comme le firent les adeptes de Dynion Mwyn. Ce fut Ronald Milland White qui lui répondra en premier. Milland White lui présentera ensuite George Arthur Stannard. En 1963, Cochrane va aussi se faire connaître dans le journal anglais du « Psychic News » avec un article titré « la véritable sorcellerie est défendue ». Dans les lignes du journal, il confirmera ces dits « dons » de familles et en 1964 Evan John Jones va le rejoindre. Evan John Jones est un auteur assez connu dans le monde néopaïen qu’il aura rencontré par l’intermédiaire de sa femme. La racine de ce groupe étant faite, les rituels vont s’effectuer chez Cochrane dans un parc national de la région ou dans les « South Downs » qui sont des collines de craie du sud-est de l’Angleterre. Lorsque Doreen Valiente arrive à son tour, certaines cérémonies seront organisées chez elle à Brighton. Cochrane et Valiente s’étaient rencontrés en 1964 parmi ceux que l’on appelait les Esséniens, à Glastonbury, un groupe considéré comme une secte juive. Le clan Wiccan de Tubal Cain est là.

William G. Gray présente à Robert Cochrane un certain John Math qui va lui aussi entrer dans le clan. Ce dernier soutiendra Cochrane pour qu’il participe au «bulletin de la Witchcraft Research Association » géré par John Math lui-même avec Sybil Leek. Sybil Leek est un nom qui devrait vous parler, nous en avions fait mention dans l’article de Gardner. Il était question d’une sorcière et astrologue qui avait dénoncé, quand elle vivait à New Forest, la consommation de drogues dans le coven des Gardneriens. Elle y condamnait fortement aussi les rituels sexuels qui lui semblaient imposés. Bien entendu, Cochrane a aussi trouvé des alliés de taille détestant Gardner au plus haut point. Il le qualifiait, je cite : « d’escroc et de déviant sexuel. » Il semble que l’hostilité de Cochrane à l’égard des Gardnerien provient de la trop grande publicité de leur coven qui, pour Robert, n’était pas toujours à l’image de la sorcellerie que pratiquaient tous les adeptes de la wicca. Beaucoup vont s’entendre pour dire aussi qu’il y avait de la jalousie, masquant peut-être une très mauvaise expérience de par le passé avec Gérald Gardner qui faisait la une de la télévision avec ses complices. Cochrane était aussi un grand adepte de drogues sous forme de plantes comme le peyotl ou la belladone par exemple.

C’est sa méchanceté permanente à l’égard de Gardner qui va pourtant faire partir Doreen Valiente. Elle appréciait le fait que le mentor du clan de Tubal Cain soit plus proche de la nature que les Gardnériens et appréciait aussi qu’il souhaite s’orienter vers la sorcellerie bien plus que vers sa seule publicité, mais le clash va tout de même avoir lieu et cela va coûter cher à Cochrane. En 1966, Valiente va claquer la porte du coven après avoir recadré Cochrane. Elle estimait que ses propos étaient trop incisifs et ne souhaitait plus être mêlée à ces querelles. Doreen Valiente dira clairement qu’elle n’est pas là pour ça et que cela devenait fort désagréable. Après son départ, Robert Cochrane va tromper sa femme en pensant qu’elle l’accepterait, ce qui ne fut pas le cas. Jane divorcera et ce fut la descente aux enfers quand, elle aussi, quitta le coven en 1966. Elle parlera également d’effectuer, je cite : « un rite de mort impliquant le sacrifice d’un coq noir » pour se venger de son mari. Une chose est sûre, à son départ le clan était spirituellement mort car elle y était très appréciée.

Dans le clan Wiccan de Tubal Cain, on vénère le dieu Cornu et la déesse Hécate qui porte à son tour le nom de déesse blanche. On y associe le dieu Cornu au feu, mais aussi au temps et à l’artisanat, à la magie inférieure et à la fertilité, à la magie de la mort. Dans ce coven toujours, le dieu cornu portera aussi le nom de Tubal Cain, Bran, Wayland et Herne qui aura aussi un fils appelé « le jeune Dieu solaire ». Tubal Cain fait en réalité référence au premier forgeron dans la Bible. Ce métier fut l’un des premiers de Cochrane. Brân est un géant gallois dont le nom est traduit par « corbeau ». Wayland est à l’origine un autre forgeron que vous retrouverez dans la mythologie germanique. Herne est un fantôme anglais qui a été très populaire dans les légendes de la forêt de Windsor, dont William Shakespeare faisait déjà mention en 1597. Avec Robert Cochrane, on retrouve ce mélange parfois difficile à relier pour celles et ceux qui ne se renseignent pas mais qui finissent par s’y perdre s’ils ont un peu de culture mystique ou religieuse. Pour les rituels, il n’était pas obligatoire d’y être nus contrairement à d’autres coven. La robe de cérémonie était, par contre, importante. Les traditions de Cochrane exigeaient les outils tels que le couteau rituel, une tasse et une pierre ou un cordon rituel par exemple. Un stang pourra aussi être utilisé, alors que le grimoire n’est plus nécessaire. Cochrane préférait travailler de façon spontanée et chamanique, avait-il expliqué. Doreen Valiente le confirmera à son tour en expliquant que, grâce à cela, la créativité était plus fréquente et restait plus appréciée dans ce coven.

Crédit photo : furkanfdemir, photo d’illustration

Au travers du clan de Tubal Cain, Robert Cochrane n’a pas écrit de grosses quantités de livres comme ont pu le faire les autres têtes de coven. Beaucoup de correspondances, plutôt, sous forme de courriers, seront retrouvées. N’ayant pas eu de grimoire, beaucoup de rituels et de cérémonies sont restés relativement secrets et sans archives. Il est dit que Cochrane était donc particulièrement encré sur le chamanisme et sur les sorties astrales, sur la magie dite « grise ». Il insistait sur le fait que la sorcellerie devait être faite de sagesse et souhaitait que son clan aille vers cette voie. Pour lui, la sorcellerie n’était pas païenne, néopaïenne ou issue de la kabbale, insistait il. Ce sont des phrases sortant de sa bouche qui va faire les règles du Cochrianisme : « Ne faites pas ce que vous désirez – faites ce qui est nécessaire« , mais aussi « Prenez tout ce qu’on vous donne – donnez-vous tout entier » puis, « Ce que j’ai – – – je le tiens ! » et enfin « Quand tout sera perdu, et pas avant, préparez-vous à mourir dignement« . Il arrivait également que dans le clan Wiccan de Tubal Cain le grand rite ait lieu, mais c’était exceptionnel car Cochrane n’imposait pas ce type de cérémonie. Pour lui, si le pouvoir ne dépassait pas une couche de vêtements, il ne devait pas être très puissant. C’est une phrase que beaucoup garderont en tête.

Robert Cochrane va mourir en 1966 après avoir vu Doreen Valiente et sa femme quitter le coven. Il va ingérer un mélange de belladone et de Librium, fermera définitivement les yeux 9 jours plus tard. Beaucoup feront mention d’une lettre retrouvée avec ces mots : « je souhaite mourir en restant sain d’esprit« . Il est décédé là où il avait vécu avec sa femme et son fils, Adrian. Doreen Valiente rendra hommage à Cochrane en expliquant que c’était quelqu’un qui avait beaucoup à donner en réalité. Elle parlait de lui comme d’une personne qui possédait de vraies capacités tout en ayant un fort charisme. Elle le qualifia de sournois parfois, mais estimait qu’il n’était pas un charlatan. Robert Cochrane a inspiré bon nombre de coven par la suite et sera souvent identifié à la sorcellerie traditionnelle. C’est Évan John Jones qui héritera de Robert Cochrane et qui écrira l’ouvrage « Witchcraft: A Tradition Renewed » en collaboration avec Doreen Valiente, pour donner sa vision des traditions du clan de Tubal Cain. The Regency a été un coven fondé par un certain Chalky, avec l’aide de George Winter, pour préserver la tradition de Cochrane. Ce groupe sera dissous en 1978 même si un site web a vu le jour pour tenter de réanimer la flamme. Un autre coven un peu particulier sera aussi créé avec les traditions de Cochrane au travers d’Evan John Jones, et deux autres clans opèrent à l’image de Cochrane aujourd’hui. Concernant la mort de Cochrane, quelques-uns parlent de meurtre mais pas grand-chose ne vient étayer cette hypothèse. Doreen Valiente expliquera que Cochrane avait peut-être mis en place un rituel de magie grise qui avait mal tourné. Il sera aussi expliqué que dans sa vie personnelle tout allait mal, qu’il aurait pris volontiers un mélange de drogue naturelle pour mettre fin à ses jours en informant son entourage de son intention de se suicider. Robert Cochrane va inspirer un film en 2015 : « The Coven ».

© P.Alexandra pour L’amour des reliques – 04/01/2020. Toutes reproductions est interdite sans l’accord de l’auteur. Consultez les mentions légales du site, merci.

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